Pape François

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    Pape francoisLETTRE APOSTOLIQUE

    ADMIRABILE SIGNUM

    DU SOUVERAIN PONTIFE
    FRANÇOIS
    SUR LA SIGNIFICATION ET LA VALEUR DE LA CRÈCHE

    1er décembre 2019

     

     

    1. Le merveilleux signe de la crèche, si chère au peuple chrétien, suscite toujours stupeur et émerveillement. Représenter l'événement de la naissance de Jésus, équivaut à annoncer le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu avec simplicité et joie. La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant, qui découle des pages de la Sainte Écriture. En contemplant la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l'humilité de Celui qui s'est fait homme pour rencontrer chaque homme. Et, nous découvrons qu'Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui.

    Par cette lettre je voudrais soutenir la belle tradition de nos familles qui, dans les jours qui précèdent Noël, préparent la crèche. Tout comme la coutume de l'installer sur les lieux de travail, dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, sur les places publiques... C'est vraiment un exercice d'imagination créative, qui utilise les matériaux les plus variés pour créer de petits chefs-d'œuvre de beauté. On l’apprend dès notre enfance : quand papa et maman, ensemble avec les grands-parents, transmettent cette habitude joyeuse qui possède en soi une riche spiritualité populaire. Je souhaite que cette pratique ne se perde pas ; mais au contraire, j'espère que là où elle est tombée en désuétude, elle puisse être redécouverte et revitalisée.

    2. L'origine de la crèche se trouve surtout dans certains détails évangéliques de la naissance de Jésus à Bethléem. L'évangéliste Luc dit simplement que Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (2, 7). Jésus est couché dans une mangeoire, appelée en latin praesepium, d'où la crèche.

    En entrant dans ce monde, le Fils de Dieu est déposé à l’endroit où les animaux vont manger. La paille devient le premier berceau pour Celui qui se révèle comme « le pain descendu du ciel » (Jn 6, 41). C’est une symbolique, que déjà saint Augustin, avec d'autres Pères, avait saisie lorsqu'il écrivait : « Allongé dans une mangeoire, il est devenu notre nourriture » (Serm. 189, 4). En réalité, la crèche contient plusieurs mystères de la vie de Jésus de telle sorte qu’elle nous les rend plus proches de notre vie quotidienne.

    Mais venons-en à l'origine de la crèche telle que nous la comprenons. Retrouvons-nous en pensée à Greccio, dans la vallée de Rieti, où saint François s'arrêta, revenant probablement de Rome, le 29 novembre 1223, lorsqu’il avait reçu du Pape Honorius III la confirmation de sa Règle. Après son voyage en Terre Sainte, ces grottes lui rappelaient d'une manière particulière le paysage de Bethléem. Et il est possible que le Poverello ait été influencé à Rome, par les mosaïques de la Basilique de Sainte Marie Majeure, représentant la naissance de Jésus, juste à côté de l'endroit où étaient conservés, selon une tradition ancienne, les fragments de la mangeoire.

    Les Sources franciscaines racontent en détail ce qui s'est passé à Greccio. Quinze jours avant Noël, François appela un homme du lieu, nommé Jean, et le supplia de l'aider à réaliser un vœu : « Je voudrais représenter l'Enfant né à Bethléem, et voir avec les yeux du corps, les souffrances dans lesquelles il s’est trouvé par manque du nécessaire pour un nouveau-né, lorsqu'il était couché dans un berceau sur la paille entre le bœuf et l'âne »[1]. Dès qu'il l'eut écouté, l'ami fidèle alla immédiatement préparer, à l'endroit indiqué, tout le nécessaire selon la volonté du saint. Le 25 décembre, de nombreux frères de divers endroits vinrent à Greccio accompagnés d’hommes et de femmes provenant des fermes de la région, apportant fleurs et torches pour illuminer cette sainte nuit. Quand François arriva, il trouva la mangeoire avec la paille, le bœuf et l'âne. Les gens qui étaient accourus manifestèrent une joie indicible jamais éprouvée auparavant devant la scène de Noël. Puis le prêtre, sur la mangeoire, célébra solennellement l'Eucharistie, montrant le lien entre l'Incarnation du Fils de Dieu et l'Eucharistie. À cette occasion, à Greccio, il n'y a pas eu de santons : la crèche a été réalisée et vécue par les personnes présentes[2].

    C'est ainsi qu'est née notre tradition : tous autour de la grotte et pleins de joie, sans aucune distance entre l'événement qui se déroule et ceux qui participent au mystère.

    Le premier biographe de saint François, Thomas de Celano, rappelle que s'ajouta, cette nuit-là, le don d'une vision merveilleuse à la scène touchante et simple : une des personnes présentes vit, couché dans la mangeoire, l'Enfant Jésus lui-même. De cette crèche de Noël 1223, « chacun s’en retourna chez lui plein d'une joie ineffable »[3].

    3. Saint François, par la simplicité de ce signe, a réalisé une grande œuvre d'évangélisation. Son enseignement a pénétré le cœur des chrétiens et reste jusqu'à nos jours une manière authentique de proposer de nouveau la beauté de notre foi avec simplicité. Par ailleurs, l'endroit même où la première crèche a été réalisée exprime et suscite ces sentiments. Greccio est donc devenu un refuge pour l'âme qui se cache dans le rocher pour se laisser envelopper dans le silence.

    Pourquoi la crèche suscite-t-elle tant d'émerveillement et nous émeut-elle ? Tout d'abord parce qu'elle manifeste la tendresse de Dieu. Lui, le Créateur de l'univers, s'abaisse à notre petitesse. Le don de la vie, déjà mystérieux à chaque fois pour nous, fascine encore plus quand nous voyons que Celui qui est né de Marie est la source et le soutien de toute vie. En Jésus, le Père nous a donné un frère qui vient nous chercher quand nous sommes désorientés et que nous perdons notre direction ; un ami fidèle qui est toujours près de nous. Il nous a donné son Fils qui nous pardonne et nous relève du péché.

    Faire une crèche dans nos maisons nous aide à revivre l'histoire vécue à Bethléem. Bien sûr, les Évangiles restent toujours la source qui nous permet de connaître et de méditer sur cet Événement, cependant la représentation de ce dernier par la crèche nous aide à imaginer les scènes, stimule notre affection et nous invite à nous sentir impliqués dans l'histoire du salut, contemporains de l'événement qui est vivant et actuel dans les contextes historiques et culturels les plus variés.

    D'une manière particulière, depuis ses origines franciscaines, la crèche est une invitation à "sentir" et à "toucher" la pauvreté que le Fils de Dieu a choisie pour lui-même dans son incarnation. Elle est donc, implicitement, un appel à le suivre sur le chemin de l'humilité, de la pauvreté, du dépouillement, qui, de la mangeoire de Bethléem conduit à la croix. C'est un appel à le rencontrer et à le servir avec miséricorde dans les frères et sœurs les plus nécessiteux (cf. Mt 25, 31-46).

    4. J'aimerais maintenant passer en revue les différents signes de la crèche pour en saisir le sens qu'ils portent en eux. En premier lieu, représentons-nous le contexte du ciel étoilé dans l'obscurité et dans le silence de la nuit. Ce n'est pas seulement par fidélité au récit évangélique que nous faisons ainsi, mais aussi pour la signification qu’il possède. Pensons seulement aux nombreuses fois où la nuit obscurcit notre vie. Eh bien, même dans ces moments-là, Dieu ne nous laisse pas seuls, mais il se rend présent pour répondre aux questions décisives concernant le sens de notre existence : Qui suis-je ? D'où est-ce que je viens ? Pourquoi suis-je né à cette époque ? Pourquoi est-ce que j'aime ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Pourquoi vais-je mourir ? Pour répondre à ces questions, Dieu s'est fait homme. Sa proximité apporte la lumière là où il y a les ténèbres et illumine ceux qui traversent l’obscurité profonde de la souffrance (cf. Lc 1, 79).

    Les paysages qui font partie de la crèche méritent, eux aussi, quelques mots, car ils représentent souvent les ruines d'anciennes maisons et de palais qui, dans certains cas, remplacent la grotte de Bethléem et deviennent la demeure de la Sainte Famille. Ces ruines semblent s'inspirer de la Légende dorée du dominicain Jacopo de Voragine (XIIIème siècle), où nous pouvons lire une croyance païenne selon laquelle le temple de la Paix à Rome se serait effondré quand une Vierge aurait donné naissance. Ces ruines sont avant tout le signe visible de l'humanité déchue, de tout ce qui va en ruine, de ce qui est corrompu et triste. Ce scénario montre que Jésus est la nouveauté au milieu de ce vieux monde, et qu'il est venu guérir et reconstruire pour ramener nos vies et le monde à leur splendeur originelle.

    5. Quelle émotion devrions-nous ressentir lorsque nous ajoutons dans la crèche des montagnes, des ruisseaux, des moutons et des bergers ! Nous nous souvenons ainsi, comme les prophètes l'avaient annoncé, que toute la création participe à la fête de la venue du Messie. Les anges et l'étoile de Bethléem sont le signe que nous sommes, nous aussi, appelés à nous mettre en route pour atteindre la grotte et adorer le Seigneur.

    « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2, 15) : voilà ce que disent les bergers après l'annonce faite par les anges. C'est un très bel enseignement qui nous est donné dans la simplicité de sa description. Contrairement à tant de personnes occupées à faire mille choses, les bergers deviennent les premiers témoins de l’essentiel, c’est-à-dire du salut qui est donné. Ce sont les plus humbles et les plus pauvres qui savent accueillir l'événement de l'Incarnation. À Dieu qui vient à notre rencontre dans l'Enfant Jésus, les bergers répondent en se mettant en route vers Lui, pour une rencontre d'amour et d'étonnement reconnaissant. C'est précisément cette rencontre entre Dieu et ses enfants, grâce à Jésus, qui donne vie à notre religion, qui constitue sa beauté unique et qui transparaît de manière particulière à la crèche.

    6. Dans nos crèches, nous avons l'habitude de mettre de nombreuses santons symboliques. Tout d'abord, ceux des mendiants et des personnes qui ne connaissent pas d'autre abondance que celle du cœur. Eux aussi sont proches de l'Enfant Jésus à part entière, sans que personne ne puisse les expulser ou les éloigner du berceau improvisé, car ces pauvres qui l'entourent ne détonnent pas au décor. Les pauvres, en effet, sont les privilégiés de ce mystère et, souvent, les plus aptes à reconnaître la présence de Dieu parmi nous.

    Les pauvres et les simples dans la crèche rappellent que Dieu se fait homme pour ceux qui ressentent le plus le besoin de son amour et demandent sa proximité. Jésus, « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29), est né pauvre, il a mené une vie simple pour nous apprendre à saisir l'essentiel et à en vivre. De la crèche, émerge clairement le message que nous ne pouvons pas nous laisser tromper par la richesse et par tant de propositions éphémères de bonheur. Le palais d'Hérode est en quelque sorte fermé et sourd à l'annonce de la joie. En naissant dans la crèche, Dieu lui-même commence la seule véritable révolution qui donne espoir et dignité aux non désirés, aux marginalisés : la révolution de l'amour, la révolution de la tendresse. De la crèche, Jésus a proclamé, avec une douce puissance, l'appel à partager avec les plus petits ce chemin vers un monde plus humain et plus fraternel, où personne n'est exclu ni marginalisé.

    Souvent les enfants - mais aussi les adultes ! - aiment ajouter à la crèche d'autres figurines qui semblent n'avoir aucun rapport avec les récits évangéliques. Cette imagination entend exprimer que, dans ce monde nouveau inauguré par Jésus, il y a de la place pour tout ce qui est humain et pour toute créature. Du berger au forgeron, du boulanger au musicien, de la femme qui porte une cruche d’eau aux enfants qui jouent... : tout cela représente la sainteté au quotidien, la joie d’accomplir les choses de la vie courante d'une manière extraordinaire, lorsque Jésus partage sa vie divine avec nous.

    7. Peu à peu, la crèche nous conduit à la grotte, où nous trouvons les santons de Marie et de Joseph. Marie est une mère qui contemple son enfant et le montre à ceux qui viennent le voir. Ce santon nous fait penser au grand mystère qui a impliqué cette jeune fille quand Dieu a frappé à la porte de son cœur immaculé. À l'annonce de l'ange qui lui demandait de devenir la mère de Dieu, Marie répondit avec une obéissance pleine et entière. Ses paroles : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38), sont pour nous tous le témoignage de la façon de s’abandonner dans la foi à la volonté de Dieu. Avec ce "oui" Marie est devenue la mère du Fils de Dieu, sans perdre mais en consacrant, grâce à lui, sa virginité. Nous voyons en elle la Mère de Dieu qui ne garde pas son Fils seulement pour elle-même, mais demande à chacun d'obéir à sa parole et de la mettre en pratique (cf. Jn 2, 5).

    À côté de Marie, dans une attitude de protection de l'Enfant et de sa mère, se trouve saint Joseph. Il est généralement représenté avec un bâton à la main, et parfois même tenant une lampe. Saint Joseph joue un rôle très important dans la vie de Jésus et de Marie. Il est le gardien qui ne se lasse jamais de protéger sa famille. Quand Dieu l'avertira de la menace d'Hérode, il n'hésitera pas à voyager pour émigrer en Égypte (cf. Mt 2, 13-15). Et ce n’est qu’une fois le danger passé, qu’il ramènera la famille à Nazareth, où il sera le premier éducateur de Jésus enfant et adolescent. Joseph portait dans son cœur le grand mystère qui enveloppait Jésus et Marie son épouse, et, en homme juste, il s’est toujours confié à la volonté de Dieu et l’a mise en pratique.

    8. Le cœur de la crèche commence à battre quand, à Noël, nous y déposons le santon de l'Enfant Jésus. Dieu se présente ainsi, dans un enfant, pour être accueilli dans nos bras. Dans la faiblesse et la fragilité, se cache son pouvoir qui crée et transforme tout. Cela semble impossible, mais c'est pourtant ainsi : en Jésus, Dieu a été un enfant et c’est dans cette condition qu’il a voulu révéler la grandeur de son amour qui se manifeste dans un sourire et dans l'extension de ses mains tendues vers tous.

    La naissance d'un enfant suscite joie et émerveillement, car elle nous place devant le grand mystère de la vie. En voyant briller les yeux des jeunes mariés devant leur enfant nouveau-né, nous comprenons les sentiments de Marie et de Joseph qui, regardant l'Enfant Jésus, ont perçu la présence de Dieu dans leur vie.

    « La vie s'est manifestée » (1Jn 1, 2) : c'est ainsi que l'Apôtre Jean résume le mystère de l'Incarnation. La crèche nous fait voir, nous fait toucher cet événement unique et extraordinaire qui a changé le cours de l'histoire et à partir duquel la numérotation des années, avant et après la naissance du Christ, est également ordonnée.

    La manière d'agir de Dieu est presque étourdissante, car il semble impossible qu’il renonce à sa gloire pour devenir un homme comme nous. Quelle surprise de voir Dieu adopter nos propres comportements : il dort, il tète le lait de sa mère, il pleure et joue comme tous les enfants ! Comme toujours, Dieu déconcerte, il est imprévisible et continuellement hors de nos plans. Ainsi la crèche, tout en nous montrant comment Dieu est entré dans le monde, nous pousse à réfléchir sur notre vie insérée dans celle de Dieu ; elle nous invite à devenir ses disciples si nous voulons atteindre le sens ultime de la vie.

    9. Lorsque s’approche la fête de l'Épiphanie, nous ajoutons dans la crèche les trois santons des Rois Mages. Observant l'étoile, ces sages et riches seigneurs de l'Orient, s'étaient mis en route vers Bethléem pour connaître Jésus et lui offrir comme présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Ces dons ont aussi une signification allégorique : l'or veut honorer la royauté de Jésus ; l'encens sa divinité ; la myrrhe sa sainte humanité qui connaîtra la mort et la sépulture.

    En regardant la scène de la crèche, nous sommes appelés à réfléchir sur la responsabilité de tout chrétien à être évangélisateur. Chacun de nous devient porteur de la Bonne Nouvelle pour ceux qu'il rencontre, témoignant, par des actions concrètes de miséricorde, de la joie d'avoir rencontré Jésus et son amour.

    Les Mages nous enseignent qu'on peut partir de très loin pour rejoindre le Christ. Ce sont des hommes riches, des étrangers sages, assoiffés d'infinis, qui entreprennent un long et dangereux voyage qui les a conduits jusqu’à Bethléem (cf. Mt 2, 1-12). Une grande joie les envahit devant l'Enfant Roi. Ils ne se laissent pas scandaliser par la pauvreté de l'environnement ; ils n'hésitent pas à se mettre à genoux et à l'adorer. Devant lui, ils comprennent que, tout comme Dieu règle avec une souveraine sagesse le mouvement des astres, ainsi guide-t-il le cours de l'histoire, abaissant les puissants et élevant les humbles. Et certainement que, de retour dans leur pays, ils auront partagé cette rencontre surprenante avec le Messie, inaugurant le voyage de l'Évangile parmi les nations.

    10. Devant la crèche, notre esprit se rappelle volontiers notre enfance, quand nous attendions avec impatience le moment de pouvoir commencer à la mettre en place. Ces souvenirs nous poussent à prendre de plus en plus conscience du grand don qui nous a été fait par la transmission de la foi ; et en même temps, ils nous font sentir le devoir et la joie de faire participer nos enfants et nos petits-enfants à cette même expérience. La façon d’installer la mangeoire n'est pas importante, elle peut toujours être la même ou être différente chaque année ; ce qui compte c'est que cela soit signifiant pour notre vie. Partout, et sous différentes formes, la crèche parle de l'amour de Dieu, le Dieu qui s’est fait enfant pour nous dire combien il est proche de chaque être humain, quelle que soit sa condition.

    Chers frères et sœurs, la crèche fait partie du processus doux et exigeant de la transmission de la foi. Dès l'enfance et ensuite à chaque âge de la vie, elle nous apprend à contempler Jésus, à ressentir l'amour de Dieu pour nous, à vivre et à croire que Dieu est avec nous et que nous sommes avec lui, tous fils et frères grâce à cet Enfant qui est Fils de Dieu et de la Vierge Marie ; et à éprouver en cela le bonheur. À l'école de saint François, ouvrons notre cœur à cette grâce simple et laissons surgir de l'émerveillement une humble prière : notre "merci" à Dieu qui a voulu tout partager avec nous afin de ne jamais nous laisser seuls.

    Donné à Greccio, au Sanctuaire de la crèche, le 1er décembre 2019, la septième année de mon Pontificat.

    François


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  • Le saint nom de Marie

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    LE SAINT NOM de MARIE
    Mémoire facultative

     

    La fête du Saint Nom de Marie fut établie par le Bx Innocent XI (Benedetto Odescalchi, 1676-1689), l'an 1683, en souvenir d'une mémorable victoire remportée par les Chrétiens sur les Turcs, avec la protection visible de la Reine du Ciel.

    Cent cinquante mille Turcs s'étaient avancés jusque sous les murs de Vienne et menaçaient l'Europe entière. Sobieski, roi de Pologne, vint au secours de la ville assiégée dans le temps de l'octave de la Nativité de la Sainte Vierge, et se disposa à livrer une bataille générale. Ce religieux prince commença par faire célébrer la messe, qu'il voulut servir lui-même, ayant les bras en croix. Après y avoir communié avec ferveur, il se leva à la fin du sacrifice et s'écria : « Marchons avec confiance sous la protection du ciel et avec l'assistance de la très sainte Vierge. » Son espoir ne fut pas trompé : les Turcs, frappés d'une terreur panique, prirent la fuite en désordre. C'est depuis cette époque mémorable que la fête du Saint Nom de Marie se célèbre dans l'octave de sa Nativité.

    Il était bien juste que le nom de Marie trouvât sa place, dans nos fêtes catholiques, à côté du nom de Jésus ; le nom de Marie est un nom glorieux, un nom tout aimable, un nom salutaire. Les saints se sont essayés à l'envi à retracer les merveilles du nom de Marie. La première gloire de ce nom béni, c'est qu'il fut inspiré par Dieu aux parents de la Vierge naissante et que l'archange Gabriel le prononça d'une voix pleine de respect ; et depuis, toutes les générations chrétiennes le redisent à chaque instant du jour ; le Ciel prononce à la terre ce nom si beau, et la terre en renvoie au Ciel l'écho mélodieux : 

    « Au nom de Marie,  dit Pierre de Blois, l'Église fléchit le genou, les vœux et les prières des peuples retentissent de toutes parts. » ;
    « Que Votre nom est glorieux, ô sainte Mère de Dieu ! s'écrie saint Bonaventure, qu'il est glorieux, ce nom qui a été la source de tant de merveilles ! » ; 
    « Ô nom plein de suavité !  s'écrie le bienheureux Henri Suzo. Ô Marie ! Qui êtes-vous donc vous-même, si votre nom seul est déjà si aimable et si rempli de charmes ? » ;   
    « Votre nom, ô Marie, dit saint Ambroise, est un baume délicieux qui répand l'odeur de la grâce ! » ;

    Mais surtout le nom de Marie est un nom de salut. Saint Éphrem l'appelle « la clef du ciel ». « Le nom seul de Marie, dit saint Bernard, met en fuite tous les démons... ». 
    Ce n'est là qu'un faible écho de l'apologie du nom de Marie faite par les saints.


     

  • Notre Dame des Douleurs

    Telechargement 1Notre-Dame des Douleurs
    Mémoire obligatoire

     

    Le 15 septembre (depuis la rénovation liturgique du pape saint Pie X en 1914), la Liturgie de l'Église nous invite à faire mémoire des douleurs de la Vierge Marie. « Votre peine, Vierge sacrée, a été la plus grande qu'une pure créature ait jamais endurée ; car toutes les cruautés que nous lisons que l'on a fait subir aux martyrs, ont été légères et comme rien en comparaison de votre douleur. Elle a été si grande et si immense, qu'elle a crucifié toutes vos entrailles et a pénétré jusque dans les plus secrets replis de votre cœur. Pour moi, ma très pieuse Maîtresse, je suis persuadé que vous n'auriez jamais pu en souffrir la violence sans mourir, si l'esprit de vie de votre aimable Fils, pour lequel vous souffriez de si grands tourments, ne vous avait soutenue et fortifiée par sa puissance infinie » (Saint Anselme - "De l'exercice de la Vierge", I, 5) 

    L'Église honore ses incomparables douleurs, spécialement celles qu'elle ressentit au pied de la Croix au moment de la consommation du mystère de notre Rédemption. Après s'être concentrée sur le déchirement de l'âme de Marie au jour de la Passion de son divin Fils, jour où ses souffrances atteignirent leur maximum d'intensité, la piété des fidèles s'est étendue à d'autres douleurs que la divine Mère éprouva à différentes occasions de sa très sainte vie. Pour illustrer les douleurs de la Vierge Mère, les peintres représentent son cœur perçé de sept glaives, symbole des sept douleurs principales de la Mère de Dieu, qui la couronnèrent comme reine des Martyrs. Voici la liste de ces sept douleurs dont le souvenir est cher aux enfants de Marie :

    1. La prophétie du saint vieillard Syméon (Luc, 2, 34-35) 
    2. La fuite de la Sainte Famille en Égypte (Matthieu, 2, 13-21) 
    3. La disparition de Jésus pendant trois jours au Temple (Luc, 2, 41-51) 
    4. La rencontre de la Vierge Marie et Jésus sur la via dolorosa (Luc, 23, 27-31) 
    5. Marie contemplant la souffrance et la mort de Jésus sur la Croix (Jean, 19, 25-27) 
    6. La Vierge Marie accueille son Fils mort dans ses bras lors de la déposition de la croix. 
    7. La Vierge Marie abandonne le corps de son divin Fils lors de la mise au tombeau.

    Contemplons donc dans les bras de la Vierge Marie, l'Homme-Dieu crucifié à cause de nos iniquités et compatissons aux douleurs excessives de notre Mère du Ciel. Joignons nos larmes aux siennes et détestons nos péchés qui ayant provoqué la mort de son divin Fils, ont également été la cause de son intime martyre. Prions-la de nous obtenir du Sauveur les grâces nécessaires pour profiter de ses exemples et imiter ses vertus lorsqu'Il lui plaira de nous faire part de ses humiliations, de ses douleurs et de sa croix.

    Pour un approfondissement :
    >>> Notre-Dame des douleurs - Missel

    STABAT MATER

    Stabat Mater dolorosa
    Juxta Crucem lacrimosa
    Dum pendebat Filius.

    Debout, la Mère douloureuse
    Serrait la Croix, la malheureuse,
    Où son pauvre enfant pendait.

    Cujus animam gementem,
    Contristatam et dolentem,
    Pertransivit gladius.

    Et dans son âme gémissante,
    Inconsolable, défaillante,
    Un glaive aigu s'enfonçait.

    O quam tristis et afflicta
    Fuit illa benedicta
    Mater Unigeniti !

    Ah ! qu'elle est triste et désolée,
    La Mère entre toutes comblée !
    Il était le Premier-Né !

    Quae moerebat et dolebat
    Pia Mater, dum videbat
    Nati poenas inclyti.

    Elle pleure, pleure, la Mère,
    Pieusement qui considère
    Son enfant assassiné.

    Quis est homo qui non fleret,
    Matrem Christi si videret
    In tanto supplicio ?

    Qui pourrait retenir ses pleurs
    A voir la Mère du Seigneur
    Endurer un tel Calvaire ?

    Quis non posset contristari,
    Christi Matrem contemplari
    Dolentem cum Filio ?

    Qui peut, sans se sentir contrit,
    Regarder près de Jésus-Christ
    Pleurer tristement sa Mère ?

    Pro peccatis suae gentis,
    Vidit Jesum in tormentis,
    Et flagellis subditum.

    Pour les péchés de sa nation,
    Elle le voit, dans sa Passion,
    Sous les cinglantes lanières.

    Vidit suum dulcem natum
    Moriendo desolatum,
    Dum emisit spiritum.

    Elle voit son petit garçon
    Qui meurt dans un grand abandon
    Et remet son âme à son Père.

    Eia Mater, fons amoris,
    Me sentire vim doloris
    Fac, ut tecum lugeam.

    Pour que je pleure avec toi,
    Mère, source d'amour, fais-moi
    Ressentir ta peine amère !

    Fac, ut ardeat cor meum
    In amando Christum Deum,
    Ut sibi complaceam.

    Fais qu'en mon coeur brûle un grand feu,
    L'amour de Jésus-Christ mon Dieu,
    Pour que je puisse lui plaire !

    Sancta Mater, istud agas,
    Crucifixi fige plagas
    Cordi meo valide.

    Exauce-moi, ô sainte Mère,
    Et plante les clous du Calvaire
    Dans mon coeur, profondément !

    Tui nati vulnerati,
    Tam dignati pro me pati,
    Poenas mecum divide.

    Pour moi ton Fils, couvert de plaies,
    A voulu tout souffrir ! Que j'aie
    Une part de ses tourments !

    Fac me tecum pie flere,
    Crucifixo condolore,
    Donec ego vixero.

    Que je pleure en bon fils avec toi,
    Que je souffre avec lui sur la Croix
    Tant que durera ma vie !

    Juxta Crucem tecum stare,
    Et me tibi sociare
    In planctu desidero.

    Je veux contre la Croix rester
    Debout près de toi, et pleurer
    Ton fils en ta compagnie !

    Virgo virginum proeclara,
    Mihi jam non sis amara,
    Fac me tecum plangere.

    O Vierge, entre les vierges claire,
    Pour moi ne sois plus si amère :
    Fais que je pleure avec toi !

    Fac, ut portem Christi mortem,
    Passionis fac consortem,
    Et plagas recolere.

    Fais que me marque son supplice,
    Qu'à sa Passion je compatisse,
    Que je m'applique à sa Croix !

    Fac me plagis vulnerari,
    Fac me Cruce inebriari,
    Et cruore Filii.

    Fais que ses blessures me blessent,
    Que je goûte à la Croix l'ivresse
    Et le sang de ton enfant !

    Flammis ne urar succensus,
    Per te, Virgo, sim defensus
    In die judicii.

    Pour que j'échappe aux vives flammes,
    Prends ma défense, ô notre Dame,
    Au grand jour du jugement !

    Christe, cum sit hinc exire,
    Da per Matrem me venire
    Ad palmam victoriae.

    Jésus, quand il faudra partir,
    Puisse ta Mère m'obtenir
    La palme de la victoire.

    Quando corpus morietur,
    Fac, ut animae donetur
    Paridisi gloria.

    Et quand mon corps aura souffert,
    Fais qu'à mon âme soit ouvert
    Le beau paradis de gloire !

     

  • Notre Dame de La Salette

    Nd saletteL'Eglise fête

    Apparition de Notre-Dame de la Salette

     

    Le 19 septembre 1846, sur les pentes du mont Planeau à près de 1800 m, deux enfants bergers, Mélanie et Maximin, illettrés et pauvres jouent à faire un paradis avec les fleurs de la montagne. Après avoir partagé un frugal repas vers midi ils s'endorment au soleil, puis recherchent leurs vaches éloignées et voient une grande clarté, une sorte de globe de feu tournoyé d'un éclat insoutenable. Dans la lumière apparaît une femme assise sur une pierre dans le paradis des enfants, les coudes sur les genoux, les mains lui couvrant le visage. Elle pleure. Elle ressemble, au dire de Maximin, à une pauvre mère que ses fils auraient battue. « Avancez, mes enfants, n'ayez point peur. Je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. » Se levant elle ressemble à une servante (bonnet, fichu, tablier) qui serait reine. Sa tête s'orne d'un diadème de rayons, sa robe est pailletée d'étoiles. Elle cache les mains dans ses manches, serrant contre elle le crucifix vivant qu'elle porte sur la poitrine suspendue à une chaîne. Aux extrémités de la traverse de la croix sont visibles un marteau et des tenailles entrouvertes. Elle porte une guirlande de roses jouxtant une chaîne sur ses épaules. Elle pleure abondamment.

    La Dame leur parle « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils : il est si fort et si pesant que je ne puis le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres... vous n'en faites pas de cas. » Elle indique les deux choses qui appesantissent le bras de son Fils : le travail du dimanche et les jurons grossiers des charretiers. Elle se plaint des gens qui manquent la messe... Viendront des châtiments divins redoutables pour les paysans : pommes gâtées, semences mangées par les bêtes, blés en poussière, noix mauvaises, raisins pourris... famines... convulsions de petits enfants, qui se sont réalisés. Pourtant la Dame promet la prospérité si les cœurs changent. « S'ils se convertissent, les pierres et les rochers se changeront en monceaux de blé et les pommes de terre se trouveront ensemencées par les terres. » « Se convertir, c'est déclouer Jésus de sur la croix » dira le Curé d'Ars.

    Elle interroge ensuite les enfants « Faites-vous bien votre prière ? » et leur recommande de la faire soir et matin. La Vierge Marie leur montre la chaîne qui, un jour, doit enchaîner Satan, c'est le collier de roses, le rosaire qui doit lier l'ennemi. À la Salette elle vient leur apprendre que seul le chapelet donnera la victoire.

    Après leur avoir confié un secret à chacun des enfants, la Vierge Marie, ses pieds ne touchant plus terre leur dit et redit « Mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple. »

    Le Sanctuaire Notre Dame de la Salette  est situé aux confins du département de l’Isère, au dessus du village de Corps (entre La Mure et Gap) à 1787 m d’altitude.


     

  • Nativité du Seigneur

    Telechargement 2HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
    Basilique vaticane
    Mercredi 24 décembre 2014

     

    « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (Is 9, 1). « L’ange du Seigneur se présenta devant eux [les pasteurs] et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière » (Lc 2, 9). C’est ainsi que la liturgie de cette sainte nuit de Noël nous présente la naissance du Sauveur : comme une lumière qui pénètre et dissout l’obscurité la plus dense. La présence du Seigneur au milieu de son peuple efface le poids de la défaite et la tristesse de l’esclavage, et instaure la joie et l’allégresse.

    Nous aussi, en cette nuit sainte, nous sommes venus dans la maison de Dieu en traversant les ténèbres qui enveloppent la terre, mais guidés par la flamme de la foi qui éclaire nos pas et animés par l’espérance de trouver la ‘‘grande lumière’’. En ouvrant notre cœur, nous avons, nous aussi, la possibilité de contempler le miracle de cet enfant-soleil qui éclaircit l’horizon en surgissant d’en-haut.

    L’origine des ténèbres qui enveloppent le monde se perd dans la nuit des temps. Repensons au moment obscur où a été commis le premier crime de l’humanité, quand la main de Caïn, aveuglé par la jalousie, a frappé à mort son frère Abel (cf. Gn 4, 8). Ainsi, le cours des siècles a été marqué par des violences, des guerres, la haine et des abus. Mais Dieu, qui avait placé ses propres attentes en l’homme fait à son image et à sa ressemblance, attendait. Dieu attendait. Il a attendu tellement longtemps que peut-être à un certain moment il aurait dû renoncer. Mais il ne pouvait renoncer, il ne pouvait pas se renier lui-même (cf. 2 Tm 2, 13). C’est pourquoi, il a continué à attendre avec patience face à la corruption des hommes et des peuples. La patience de Dieu, Comme il est difficile de comprendre cela : la patience de Dieu envers nous !

    Au long du chemin de l’histoire, la lumière qui perce l’obscurité nous révèle que Dieu est Père et que sa patiente fidélité est plus forte que les ténèbres et la corruption. C’est en cela que consiste l’annonce de la nuit de Noël. Dieu ne connaît pas d’accès de colère et l’impatience ; il est toujours là, comme le père de la parabole du fils prodigue, dans l’attente d’entrevoir de loin le retour du fils perdu ; et chaque jour, avec patience. La patience de Dieu.

    La prophétie d’Isaïe annonce l’apparition d’une immense lumière qui perce l’obscurité. Elle naît à Bethléem et elle est accueillie par les tendres mains de Marie, par l’affection de Joseph, par l’étonnement des bergers. Quand les anges ont annoncé aux bergers la naissance du Rédempteur, ils l’ont fait avec ces paroles : « Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). Le ‘‘signe’’ c’est justement l’humilité de Dieu, l’humilité de Dieu portée à l’extrême ; c’est l’amour avec lequel, cette nuit, il a assumé notre fragilité, notre souffrance, nos angoisses, nos désirs et nos limites. Le message que tous attendaient, le message que tous cherchaient dans la profondeur de leur âme, n’était autre que la tendresse de Dieu : Dieu qui nous regarde avec des yeux pleins d’affection, qui accepte notre misère, Dieu amoureux de notre petitesse.

    En cette sainte nuit, tandis que nous contemplons l’Enfant Jésus qui vient de naître et d’être déposé dans une mangeoire, nous sommes invités à réfléchir. Comment accueillons-nous la tendresse de Dieu ? Est-ce que je me laisse rejoindre par lui, est-ce que je me laisse embrasser, ou bien est-ce que je l’empêche de s’approcher ? ‘‘Mais je cherche le Seigneur’’ – pourrions-nous rétorquer. Toutefois, la chose la plus importante n’est pas de le chercher, mais plutôt de faire en sorte que ce soit lui qui me cherche, qui me trouve et qui me caresse avec amour. Voici la question que nous pose l’Enfant par sa seule présence : est-ce que je permets à Dieu de m’aimer ?

    Et encore : avons-nous le courage d’accueillir avec tendresse les situations difficiles et les problèmes de celui qui est à côté de nous, ou bien préférons-nous les solutions impersonnelles, peut-être efficaces mais dépourvues de la chaleur de l’Évangile ? Combien le monde a besoin de tendresse aujourd’hui ! Patience de Dieu, proximité de Dieu, tendresse de Dieu.

    La réponse du chrétien ne peut être différente de celle que Dieu donne à notre petitesse. La vie doit être affrontée avec bonté, avec mansuétude. Quand nous nous rendons compte que Dieu est amoureux de notre petitesse, que lui-même se fait petit pour mieux nous rencontrer, nous ne pouvons pas ne pas lui ouvrir notre cœur et le supplier : « Seigneur, aide-moi à être comme toi, donne-moi la grâce de la tendresse dans les circonstances les plus dures de la vie, donne-moi la grâce de la proximité face à toute nécessité, de la douceur dans n’importe quel conflit ».

    Chers frères et sœurs, en cette nuit sainte, contemplons la crèche : là, « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » (Is 9, 1). Les gens simples, les gens disposés à accueillir le don de Dieu, l’ont vue. Au contraire, les arrogants, les orgueilleux, ceux qui établissent les lois selon leurs propres critères personnels, ceux qui assument des attitudes de fermeture, ne l’ont pas vue. Regardons la crèche et prions, en demandant à la Vierge Mère : « Ô Marie, montre-nous Jésus ».


     

  • La Sainte Famille

    Sainte famille trinite coeur 2

    Fête de la

    Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph

    BENOÎT XVI

    Angelus - Place Saint-Pierre
    Dimanche 27 décembre 2009

     

    Chers frères et sœurs !

    C'est aujourd'hui le dimanche de la Sainte Famille. Nous pouvons encore nous mettre à la place des pasteurs de Bethléem qui, ayant reçu l'annonce de l'ange, s'empressèrent d'accourir à la grotte et trouvèrent « Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche » (Lc 2, 16).

    Arrêtons-nous nous aussi pour contempler cette scène et réfléchissons sur sa signification. Les premiers témoins de la naissance du Christ, les pasteurs, se trouvèrent non seulement en face de l'Enfant Jésus, mais d'une petite famille : la Mère, le Père et le Fils nouveau-né. Dieu a voulu se révéler en naissant dans une famille humaine, et c'est pourquoi la famille humaine est devenue une icône de Dieu ! Dieu est Trinité, il est communion d'amour et la famille en est une expression qui reflète le Mystère insondable de Dieu amour, dans toute la différence qui existe entre le Mystère de Dieu et sa créature humaine. L'homme et la femme, créés à l'image de Dieu, deviennent dans le mariage « une seule chair » (Gn 2, 24), c'est-à-dire une communion d'amour qui engendre une nouvelle vie. La famille humaine, dans un certain sens, est une icône de la Trinité du point de vue de l'amour interpersonnel et de la fécondité de l'amour.

    La liturgie d'aujourd'hui propose le célèbre épisode évangélique de Jésus âgé de douze ans qui reste au Temple, à Jérusalem, à l'insu de ses parents, qui, surpris et inquiets, l'y retrouvent après trois jours alors qu'il discute avec les docteurs. A sa mère qui lui demande des explications, Jésus répond qu'il doit « être dans la propriété », dans la maison de son Père, c'est-à-dire de Dieu (cf. Lc 2, 49).

    Dans cet épisode, le jeune Jésus nous apparaît plein de zèle pour Dieu et pour le Temple. Demandons-nous : de qui Jésus avait-il appris l'amour pour les « choses » de son Père ? Assurément en tant que fils, il a eu une intime connaissance de son Père, de Dieu, d'une profonde relation personnelle permanente avec Lui, mais, dans sa culture concrète, il a assurément appris les prières, l'amour envers le Temple et les institutions d'Israël de ses propres parents. Nous pouvons donc affirmer que la décision de Jésus de rester dans le Temple était surtout le fruit de sa relation intime avec le Père, mais aussi le fruit de l'éducation reçue de Marie et de Joseph.

    Nous pouvons ici entrevoir le sens authentique de l'éducation chrétienne : elle est le fruit d'une collaboration à rechercher toujours entre les éducateurs et Dieu. La famille chrétienne est consciente que les enfants sont un don et un projet de Dieu. Par conséquent, elle ne peut pas les considérer comme sa propriété, mais, en servant à travers eux le dessein de Dieu, elle est appelée à les éduquer à une plus grande liberté, qui est précisément celle de dire oui à Dieu pour faire sa volonté. La Vierge Marie est l'exemple parfait de ce « oui ». Nous lui confions toutes les familles, en priant en particulier pour leur précieuse mission éducative. [...]

    Dieu, qui est venu au monde au sein d'une famille, montre que cette institution est la voie sûre pour le rencontrer et le connaître, et également un appel incessant à travailler à l'unité de tous autour de l'amour. Il s'ensuit que l'un des services les plus grands que nous chrétiens pouvons prêter à nos semblables est de leur offrir notre témoignage serein et ferme de la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, en la sauvegardant et en la promouvant, car celle-ci possède une importance suprême pour le présent et l'avenir de l'humanité. En effet, la famille est la meilleure école pour apprendre à vivre les valeurs qui donnent sa dignité à la personne et rendent les peuples grands. Dans celle-ci, on partage également les souffrances et les joies, car l'on se sent tous protégés par l'affection qui règne à la maison, du simple fait d'être membres de la même famille.

    Je demande à Dieu que dans vos foyers domestiques l'on respire toujours cet amour de dévouement total et de fidélité que Jésus apporta au monde avec sa naissance, le nourrissant et le renforçant par la prière quotidienne, la pratique constante des vertus, la compréhension réciproque et le respect mutuel. Je vous encourage donc, confiant dans l'intercession maternelle de la Très Sainte Vierge Marie, Reine des Familles, et dans la puissante protection de saint Joseph, son époux, à vous consacrer sans relâche à cette belle mission que le Seigneur a placée entre vos mains. Vous pouvez compter sur ma proximité et sur mon affection. Je vous demande d'apporter un salut particulier du Pape à vos proches qui en ont le plus besoin ou à ceux qui se trouvent en difficulté. Je vous bénis de tout cœur.

    À l'issue de l'Angelus :

    Chers pèlerins francophones, en cette fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, je suis heureux de saluer toutes vos familles et ma prière rejoint particulièrement celles qui connaissent des difficultés. Avec vous, je rends grâce à Dieu pour la sainte famille de Nazareth : Marie et Joseph n'ont pas seulement procuré à l'Enfant Jésus le pain de la terre ; ils lui ont donné un authentique témoignage de foi et d'amour. Que leur exemple guide toutes les familles et soit pour elles une source intarissable de joie et de bonheur !

    À tous je souhaite une fin d'année sereine !


     

  • C'est la Messe qui fait...

    “C’est la messe qui fait le dimanche des chrétiens !”, affirme le pape François lors de l’audience générale

    13 décembre 2017, audience générale du pape François

     

    HjLors de l’audience générale, du 13 décembre 2017 salle Paul VI au Vatican, le pape François a poursuivi sa catéchèse sur l’Eucharistie. Une méditation commencée en forme de question : « Pourquoi aller à la messe le dimanche ? » « Nous chrétiens, allons à la messe le dimanche afin de rencontrer le Seigneur ressuscité, ou plus précisément pour qu’il vienne à notre rencontre », a-t-il répondu à. Mais également pour y « écouter sa parole, se nourrir à sa table, et devenir ainsi Église, c’est-à-dire son corps mystique vivant dans le monde ». Le dimanche est donc un jour saint, sanctifié par la célébration de l’Eucharistie. « C’est la messe qui fait le dimanche des chrétiens ! s’est exclamé le pape François. (…) Car pour un chrétien, que serait un dimanche auquel il manquerait la rencontre avec le Seigneur ? » Au cours de sa catéchèse, il a également défendu le repos dominical et souligné l’apport du christianisme le concernant. « C’est l’esprit chrétien, animé par l’Eucharistie, qui consiste à vivre comme des enfants et non comme des esclaves, qui a fait du dimanche un jour de repos, de façon quasi universelle », a ainsi précisé le pape François.

     

    La DC

     

     

    Chers frères et sœurs, bonjour !

     

    Nous reprenons notre parcours de catéchèse sur la messe, et nous allons aujourd’hui nous poser cette question : pourquoi aller à la messe le dimanche ?

    La célébration dominicale de l’Eucharistie est au centre de la vie de l’Église (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 2177). Nous chrétiens, allons à la messe le dimanche afin de rencontrer le Seigneur ressuscité, ou plus précisément pour qu’il vienne à notre rencontre, pour écouter sa parole, se nourrir à sa table, et devenir ainsi Église, c’est-à-dire son corps mystique vivant dans le monde.

    Les disciples de Jésus l’ont bien compris dès les premiers temps, en célébrant la rencontre eucharistique avec le Seigneur en ce jour de la semaine que les Hébreux appelaient « le premier jour de la semaine » et les Romains « le jour du soleil », car c’est en ce jour que Jésus était ressuscité des morts et apparu à ses disciples, parlant avec eux, mangeant avec eux, et leur donnant l’Esprit-Saint (cf. Mt 28, 1 ; Mc 16, 9.14 ; Lc 24, 1.13 ; Jn 20, 1.19), comme nous venons de l’entendre dans la lecture. L’effusion de l’Esprit de la Pentecôte survient également un dimanche, cinquante jours après la résurrection de Jésus. Pour toutes ces raisons, le dimanche est pour nous un jour saint, sanctifié par la célébration de l’Eucharistie, présence vivante du Seigneur au milieu de nous et pour nous. C’est donc la messe qui fait le dimanche des chrétiens ! Le dimanche des chrétiens est centré sur la messe. Car pour un chrétien, que serait un dimanche auquel il manquerait la rencontre avec le Seigneur ?

    Et pourtant, il y a des communautés chrétiennes qui ne peuvent connaître la joie d’une messe chaque dimanche. Mais elles aussi, quoi qu’il en soit, sont appelées en ce jour saint à se recueillir dans la prière, au nom du Seigneur, en écoutant la parole de Dieu et en entretenant leur désir de recevoir l’Eucharistie.

    Certaines sociétés sécularisées ont perdu le sens chrétien du dimanche illuminé par l’Eucharistie. Quel dommage ! Dans de tels contextes, il faut raviver cette conscience pour retrouver le sens de la fête, de la joie, de la communauté paroissiale, de la solidarité, du repos qui restaure l’âme et le corps (cf. CEC, n. 2177-2188). L’Eucharistie est la plus grande de toutes ces valeurs, dimanche après dimanche. C’est pourquoi le concile Vatican II a voulu réaffirmer que « le dimanche est le jour de fête primordial qu’il faut proposer et inculquer à la piété des fidèles, de sorte qu’il devienne aussi jour de joie et de cessation du travail » (Const. Sacrosanctum Concilium, n. 106).

    Le fait de ne pas travailler le dimanche n’existait pas à l’origine, c’est un apport spécifique du christianisme. Par tradition biblique, les Juifs se reposent le samedi, tandis que dans la société romaine, il n’y avait pas de jour de repos pour les travaux serviles. C’est l’esprit chrétien, animé par l’Eucharistie, qui consiste à vivre comme des enfants et non comme des esclaves, qui a fait du dimanche un jour de repos, de façon quasi universelle.

    Sans le Christ, nous sommes condamnés à être soumis à la fatigue du quotidien, avec ses préoccupations, ainsi qu’à la peur du lendemain. La rencontre dominicale avec le Seigneur nous donne la force de vivre le présent avec confiance et courage, et d’aller de l’avant avec espérance. C’est pourquoi nous chrétiens, venons rencontrer le Seigneur chaque dimanche lors de la célébration eucharistique.

    La communion eucharistique avec Jésus, ressuscité et vivant pour toujours, préfigure le dimanche sans fin, quand il n’y aura plus ni fatigue, ni douleur, ni larmes, mais seulement la joie de vivre pleinement et pour toujours avec le Seigneur. La messe nous parle également de ce repos dans la félicité, nous enseignant, au fil des jours, à nous laisser aller entre les mains de notre Père des cieux.

     

    Que pouvons-nous répondre à ceux qui disent que cela ne sert à rien d’aller à la messe, pas même le dimanche, puisque ce qui compte c’est de vivre dans le bien et d’aimer son prochain ? Il est vrai que la qualité de notre vie chrétienne se mesure à notre capacité à aimer, comme l’a dit Jésus : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35) ; mais comment pouvons-nous mettre en pratique l’Évangile sans puiser l’énergie nécessaire pour le faire, dimanche après dimanche, à la source inépuisable de l’Eucharistie ? Nous n’allons pas à la messe pour donner quelque chose à Dieu, mais pour recevoir de lui ce dont nous avons vraiment besoin. La prière de l’Église qui s’adresse ainsi à Dieu nous le rappelle : « Tu n’as pas besoin de notre louange, et pourtant c’est toi qui nous inspires de te rendre grâce : nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es, mais ils obtiennent pour nous la grâce qui sauve ». (Missel romain, Préface commune IV).

     

    En conclusion, pourquoi aller à la messe le dimanche ? Il ne suffit pas de répondre que c’est un précepte de l’Église catholique : cela peut aider à en souligner l’importance, mais cela ne suffit pas. Nous, chrétiens, avons besoin de participer à la messe dominicale car ce n’est qu’avec la grâce de Jésus, sa présence vivante en nous et au milieu de nous, que nous pouvons mettre en pratique son commandement, et en être ainsi des témoins crédibles.

  • Amoris laetitia

    Pape francoisEXHORTATION APOSTOLIQUE
    POST-SYNODALE
    AMORIS LAETITIA

    DU SAINT-PÈRE
    FRANÇOIS
    AUX ÉVÊQUES
    AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES
    AUX PERSONNES CONSACRÉES
    AUX ÉPOUX CHRÉTIENS
    ET À TOUS LES FIDÈLES LAÏCS
    SUR L’AMOUR DANS LA FAMILLE

    19 mars 2016

     

    1. La joie de l’amour qui est vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église. Comme l’ont indiqué les Pères synodaux, malgré les nombreux signes de crise du mariage, « le désir de famille reste vif, spécialement chez les jeunes, et motive l’Église ».[1] Comme réponse à cette aspiration, « l’annonce chrétienne qui concerne la famille est vraiment une bonne nouvelle ».[2]

    2. Le parcours synodal a permis d’exposer la situation des familles dans le monde actuel, d’élargir notre regard et de raviver notre conscience de l’importance du mariage ainsi que de la famille. En même temps, la complexité des thèmes abordés nous a montré la nécessité de continuer à approfondir librement certaines questions doctrinales, morales, spirituelles et pastorales. La réflexion des pasteurs et des théologiens, si elle est fidèle à l’Église, si elle est honnête, réaliste et créative, nous aidera à trouver davantage de clarté. Les débats qui se déroulent dans les moyens de communication ou bien dans les publications et même entre les ministres de l’Église, vont d’un désir effréné de tout changer sans une réflexion suffisante ou sans fondement, à la prétention de tout résoudre en appliquant des normes générales ou bien en tirant des conclusions excessives à partir de certaines réflexions théologiques.

    3. En rappelant que « le temps est supérieur à l’espace », je voudrais réaffirmer que tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles. Bien entendu, dans l’Église une unité de doctrine et de praxis est nécessaire, mais cela n’empêche pas que subsistent différentes interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines conclusions qui en dérivent. Il en sera ainsi jusqu’à ce que l’Esprit nous conduise à vérité entière (cf. Jn 16, 13), c’est-à-dire, lorsqu’il nous introduira parfaitement dans le mystère du Christ et que nous pourrons tout voir à travers son regard. En outre, dans chaque pays ou région, peuvent être cherchées des solutions plus inculturées, attentives aux traditions et aux défis locaux. Car « les cultures sont très diverses entre elles et chaque principe général […] a besoin d’être inculturé, s’il veut être observé et appliqué ».[3] 

    4. De toute manière, je dois dire que le parcours synodal a été d’une grande beauté et a offert beaucoup de lumière. Je remercie pour tous les apports qui m’ont aidé à contempler les problèmes des familles du monde dans toute leur ampleur. L’ensemble des interventions des Pères, que j’ai écouté avec une constante attention, m’a paru un magnifique polyèdre, constitué de nombreuses préoccupations légitimes ainsi que de questions honnêtes et sincères. Pour cela, j’ai retenu opportun de rédiger une Exhortation Apostolique post-synodale pour recueillir les apports des deux Synodes récents sur la famille, en intégrant d’autres considérations qui pourront orienter la réflexion, le dialogue ou bien la praxis pastorale, et qui offriront à la fois encouragement, stimulation et aide aux familles dans leur engagement ainsi que dans leurs difficultés. 

    5. Cette Exhortation acquiert un sens spécial dans le contexte de cette Année Jubilaire de la Miséricorde. En premier lieu, parce que je la considère comme une proposition aux familles chrétiennes, qui les stimule à valoriser les dons du mariage et de la famille, et à garder un amour fort et nourri de valeurs, telles que la générosité, l’engagement, la fidélité ou la patience. En second lieu, parce qu’elle vise à encourager chacun à être un signe de miséricorde et de proximité là où la vie familiale ne se réalise pas parfaitement ou ne se déroule pas dans la paix et la joie.

    6. Dans le développement du texte, je commencerai par une ouverture inspirée par les Saintes Écritures, qui donne un ton approprié. De là, je prendrai en considération la situation actuelle des familles en vue de garder les pieds sur terre. Ensuite, je rappellerai certains éléments fondamentaux de l’enseignement de l’Église sur le mariage et la famille, pour élaborer ainsi les deux chapitres centraux, consacrés à l’amour. Pour continuer, je mettrai en exergue certains parcours pastoraux qui nous orientent pour la construction de foyers solides et féconds selon le plan de Dieu, et je consacrerai un chapitre à l’éducation des enfants. Après, je m’arrêterai sur une invitation à la miséricorde et au discernement pastoral face à des situations qui ne répondent pas pleinement à ce que le Seigneur nous propose, et enfin je tracerai de brèves lignes de spiritualité familiale.

    7. Vu la richesse apportée au parcours synodal par les deux années de réflexion, cette Exhortation aborde, de différentes manières, des thèmes nombreux et variés. Cela explique son inévitable longueur. C’est pourquoi, je ne recommande pas une lecture générale hâtive. Elle sera plus bénéfique, tant pour les familles que pour les agents de pastorale familiale, s’ils l’approfondissent avec patience, morceau par morceau, ou s’ils cherchent en elle ce dont ils peuvent avoir besoin dans chaque circonstance concrète. Il est probable, par exemple, que les couples s’identifient plus avec les chapitres quatre et cinq, que les agents pastoraux soient intéressés surtout par le chapitre six, et que tous se sentent interpellés par le chapitre huit. J’espère que chacun, à travers la lecture, se sentira appelé à prendre soin avec amour de la vie des familles, car elles « ne sont pas un problème, elles sont d’abord une opportunité ».[4]


    Papa francesco esortazione ap 20160319 amoris laetitiapapa-francesco-esortazione-ap-20160319-amoris-laetitia.pdf

  • Gaudete et exsultate

    Pape francois

    EXHORTATION APOSTOLIQUE

    GAUDETE ET EXSULTATE

    DU SAINT-PÈRE
    FRANÇOIS

    SUR L’APPEL À LA SAINTETÉ
    DANS LE MONDE ACTUEL

    19 mars 2018

     

     

    1. « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12), dit Jésus à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui. Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. En réalité, dès les premières pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l’appel à la sainteté. Voici comment le Seigneur le proposait à Abraham : « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1).

    2. Il ne faut pas s’attendre, ici, à un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait faire concernant les moyens de sanctification. Mon humble objectif, c’est de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités. En effet, le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons « saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Ep 1, 4).


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  • Fratelli tutti

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    “Fratelli tutti”, l’encyclique sociale du Pape François : la synthèse

    La fraternité et l’amitié sociale sont les voies indiquées par le Pape pour construire un monde meilleur, plus juste et plus pacifique, avec l’engagement de tous, peuples et institutions. Il rappelle avec force l’opposition à la guerre et à la mondialisation de l’indifférence.

    Quels sont les grands idéaux mais aussi les voies concrètes que peuvent parcourir ceux qui veulent construire un monde plus juste et plus fraternel dans leurs relations quotidiennes, dans leur vie sociale, dans la vie politique, dans les institutions? C’est la question à laquelle veut répondre Fratelli tutti, que le Pape présente comme une «encyclique sociale». Elle tire son titre des Admonitions de saint François d’Assise, qui utilisait ces paroles «en s’adressant à tous ses frères et sœurs, pour leur proposer un mode de vie au goût de l’Évangile» (1). L’encyclique a pour objectif de promouvoir une aspiration mondiale à la fraternité et à l’amitié sociale. «Quand je rédigeais cette lettre, a soudainement éclaté la pandémie de la Covid-19 qui a mis à nu nos fausses certitudes», écrit François. Mais la crise sanitaire mondiale a démontré que «personne ne se sauve tout seul» et qu’est vraiment arrivé le moment de «rêver d’une seule et même humanité» dans laquelle nous sommes «tous frères» (7-8).

    Dans le premier des huit chapitres, intitulé «les ombres d’un monde fermé», le document s’arrête sur les nombreuses distorsions de l’époque contemporaine: la manipulation et la déformation de concepts comme la démocratie, la liberté, la justice ; l’égoïsme et le désintérêt pour le bien commun ; la prévalence d’une logique de marché fondée sur le profit et la culture du déchet ; le chômage, le racisme, la pauvreté ; la disparité des droits et ses aberrations comme l’esclavage, la traite, les femmes exploitées et ensuite forcées à avorter, le trafic d’organes (10-24). Il s’agit de problèmes globaux qui exigent des actions globales, souligne le Pape, en pointant le doigt aussi contre une «culture de murs» qui favorise la prolifération des mafias, alimentées par la peur et la solitude (27-28).

    Face à tant d’ombres, toutefois, l’encyclique répond avec un exemple lumineux, celui du bon samaritain, auquel est dédié le second chapitre, «Un étranger sur la route». Le Pape y souligne que, dans une société malade qui tourne le dos à la douleur et qui est «analphabète» dans le soin des plus faibles et des plus fragiles (64-65), nous sommes tous appelés à nous faire proches de l’autre (81), en surmontant les préjugés et les intérêts personnels. Tous, en effet, nous sommes coresponsables dans la construction d’une société qui sache inclure, intégrer et soulager celui qui souffre (77). L’amour construit des ponts et nous «sommes faits pour l’amour» (88), ajoute le Pape, exhortant en particulier les chrétiens à reconnaître le Christ dans le visage de tout exclu (85).

    L'encyclique "Fratelli tutti", un outil pour la construction de la paix

    Le principe de la capacité d’aimer selon «une dimension universelle» (83) est repris aussi dans le troisième chapitre, «Penser et gérer un monde ouvert». François nous exhorte à «sortir de nous-mêmes» pour trouver dans les autres «un accroissement d’être» (88), en nous ouvrant au prochain selon le dynamisme de la charité qui nous fait tendre vers la «communion universelle» (95). Fondamentalement, l’encyclique rappelle que la stature spirituelle de la vie humaine est définie par l’amour qui nous amène à chercher le meilleur pour la vie de l’autre (92-93). Le sens de la solidarité et de la fraternité naît dans les familles, qui doivent être protégées dans leur «mission éducative première et incontournable» (114).

    Le droit à vivre dans la dignité ne peut être nié à personne, affirme encore le Pape, et puisque les droits sont sans frontières, personne ne peut rester exclu en fonction de son lieu de naissance (121). Dans cette optique, le Pape appelle aussi à penser à une «éthique des relations internationales» (126), car chaque pays est aussi celui de l’étranger et les biens du territoire ne peuvent pas être niés à celui qui est dans le besoin et provient d’un autre lieu. Le droit naturel à la propriété privée sera donc secondaire par rapport au principe de la destination universelle des biens créés (120). L’encyclique se penche aussi sur la question de la dette extérieure : le principe du remboursement de toute dette légitimement contractée reste ferme, mais cela ne doit pas compromettre la croissance et la subsistance des pays les plus pauvres (126).

    Le thème des migrations est abordé dans le deuxième et le quatrième chapitre, «Un cœur ouvert au monde entier». Avec leurs «vies détruites», ayant fui des guerres, des persécutions, des catastrophes naturelles, des trafiquants sans scrupule, arrachés à leurs communautés d’origine, les migrants doivent être accueillis, protégés, promus et intégrés. Dans les pays de destination, le juste équilibre doit être trouvé entre la protection des droits des citoyens et la garantie de l’accueil et de l’assistance pour les migrants (38-40). Dans le détail, le Pape indique certaines «réponses indispensables» surtout pour ceux qui fuient de «graves crises humanitaires»: développer et simplifier l’octroi de visas, ouvrir des couloirs humanitaires, assurer logement, sécurité et services essentiels, offrir des possibilités de travail et de formation, favoriser le regroupement familial, protéger les mineurs, garantir la liberté religieuse. Ce qui est surtout nécessaire, est-il précisé dans le document, c’est une gouvernance globale pour les migrations, qui puisse ouvrir des projets à long terme, en allant au-delà de la seule gestion des urgences, au nom d’un développement solidaire de tous les peuples (129-132).

    Le thème du cinquième chapitre est «La meilleure politique», c’est-à-dire celle qui représente une des formes les plus précieuses de la charité parce qu’elle se met au service du bien commun (180) et reconnaît l’importance du peuple, compris comme une catégorie ouverte, disponible au débat et au dialogue (160). Ceci est le sens du peuple indiqué par François, qui s’oppose au «populisme» qui ignore la légitimité de la notion de «peuple», en créant du consensus pour l’instrumentaliser à son propre service (159).

    Mais la meilleure politique est aussi celle qui protège le travail, une «dimension incontournable de la vie sociale» et cherche à assurer à tous la possibilité de développer ses propres capacités (162). La vraie stratégie anti-pauvreté, affirme l’encyclique, ne vise pas simplement à contenir les indigènes, mais à les promouvoir dans l’optique de la solidarité et de la subsidiarité (187). Le devoir de la politique est en outre de trouver une solution à tout ce qui attente contre les droits humains fondamentaux, comme l’exclusion sociale, le trafic d’organes, de tissus humains, d’armes et de drogue, l’exploitation sexuelle, l’esclavage, le terrorisme et le crime organisé. Le Pape réitère un appel fort pour l’élimination de la traite, «une honte pour l’humanité», et de la faim, qui est «un crime» car l’alimentation est un «droit inaliénable» (188-189).

    La politique dont on a besoin, souligne encore François, est celle qui est centrée sur la dignité humaine et non pas soumise à la finance, parce que «tout ne se résout pas avec la liberté du marché». Les «ravages» provoqués par la spéculation financière l’ont démontré (168). Les mouvements populaires ont donc une importance particulière. Ils doivent être impliqués dans la société, d’une façon coordonnée, en provoquant un «torrent d’énergie morale». C’est de cette façon qu’on pourra passer d’une politique dirigée «vers» les pauvres à une politique élaborée «avec» eux et venant d’eux (169).

    Un autre souhait présent dans l’encyclique concerne la réforme de l’ONU: face à la prédominance de la dimension économique, en effet, le devoir des Nations unies sera de donner un caractère concret au concept de «famille de Nations» en travaillant pour le bien commun, l’éradication de la pauvreté et la protection des droits humains. En assurant «un recours inlassable à la négociation, aux bons offices et à l’arbitrage», l’ONU doit promouvoir la force du droit sur le droit de la force, affirme le document pontifical (173-175).

    Du sixième chapitre, «Dialogue et amitié sociale», émerge en outre le concept de la vie comme «art de la rencontre» avec tous, aussi avec les périphéries du monde et avec les peuples premiers, parce qu’on «peut apprendre quelque chose de chacun, personne n’est inutile» (215). Le Pape appelle au «miracle de la gentillesse», une attitude à récupérer parce que cela constitue «une étoile dans l’obscurité» et une «libération de la cruauté, de l’anxiété et de l’empressement distrait» qui prévalent à notre époque contemporaine (222-224).

    Le septième chapitre, intitulé «Parcours d’une nouvelle rencontre», réfléchit sur la valeur de la promotion de la paix. Le Pape y souligne que la paix est «proactive» et vise à former une société basée sur le service des autres et sur la poursuite de la réconciliation et du développement réciproque. La paix est un «artisanat» dans lequel chacun doit faire sa part et dont la tâche n’est jamais terminée (227-232). Le pardon est relié à la paix : il faut aimer tout le monde, sans exception, mais aimer un oppresseur signifie l’aider à changer et ne pas lui permettre d’opprimer le prochain (241-242). Le pardon ne veut pas dire l’impunité, mais la justice et la mémoire, parce que pardonner ne signifie pas oublier, mais renoncer à la force destructrice du mal et de la vengeance. Le Pape exhorte à ne jamais oublier des horreurs comme la Shoah, les bombardements atomiques à Hiroshima et Nagasaki, les persécutions et les massacres ethniques. Ils doivent toujours être rappelés à nouveau, pour ne pas nous anesthésier et maintenir vive la flamme de la conscience collective. Et il est aussi important de faire mémoire du bien (246-252).

    Une partie du septième chapitre s’arrête ensuite sur la guerre, une «menace constante» qui représente «la négation de tous les droits»«l’échec de la politique et de l’humanité», la «reddition honteuse aux forces du mal». En outre, à cause des armes nucléaires, chimiques et biologiques qui frappent de nombreux civils innocents, on ne peut plus penser comme dans le passé à une possible «guerre juste» mais il faut réaffirmer avec force «Jamais plus la guerre!».

    L’élimination totale des armes nucléaires est «un impératif moral et humanitaire», et, avec l’argent des armements il serait plus judicieux de constituer un Fonds mondial pour l’élimination de la faim (255-262). François exprime une position tout aussi nette à propos de la peine de mort : elle est inadmissible et doit être abolie dans le monde entier. «Le meurtrier garde sa dignité personnelle et Dieu lui-même s’en fait le garant», écrit le Pape (263-269). Est également rappelée la nécessité de respecter «la sacralité de la vie» (283), là où aujourd’hui «certaines parties de l’humanité semblent dignes d’être sacrifiées», comme les enfants en gestation, les pauvres, les handicapés, les personnes âgées (18).

    Dans le huitième et dernier chapitre, le Pape s’arrête sur «Les religions au service de la fraternité dans le monde» et rappelle que le terrorisme n’est pas dû à la religion, mais à des interprétations erronées des textes religieux, ainsi qu’à des politiques de faim, de pauvreté, d’injustice et d’oppression (282-283). Un chemin de paix entre les religions est donc possible. Il est nécessaire pour cela de garantir la liberté religieuse, un droit humain fondamental pour tous les croyants (279). L’encyclique mène en particulier une réflexion sur le rôle de l’Église: elle ne doit pas reléguer sa mission dans la sphère privée, et sans pour autant faire de la politique, elle ne renonce pas à la dimension politique de l’existence, à l’attention au bien commun et à la préoccupation pour le développement humain intégral, selon les principes évangéliques (276-278).

    Enfin, François cite le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, signé par lui le 4 février 2019 à Abou Dhabi, avec le Grand-Imam d’Al-Azhar, Ahmed Al-Tayyeb : de cette pierre milliaire du dialogue interreligieux, le Pape reprend l’appel afin qu’au nom de la fraternité humaine, on adopte le dialogue comme voie, la collaboration commune comme conduite, la connaissance réciproque comme méthode et critère (285).

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